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Cadeaux calligraphiques
Nouveaux exemplaires d’écriture d’une beauté singulière
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LES ÉLÉMENTS OU PREMIÈRES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE
Par Étienne de Blégny, Paris, chez Jean de Nully, 1732
1 VOLUME FORMAT 13 x 19,5 CM   

L’exercice de l’art calligraphique a longtemps été jugé nécessaire à l’éducation. On le pratique encore strictement en Orient (sorte d’art martial, ou dans un esprit religieux, selon les cultures). C’est bien dans ce sens disciplinaire que vont les préceptes d’Étienne de Blégny, dont les recommandations s’étendent des techniques (formation des lettres, fabrication de la plume et de l’encre, etc.) jusqu’aux positions corporelles. Son livre aux sujets trop variés est à la fois un manuel scolaire où l’on aborde l’ortographe (sic) et l’arithmétique, c’est aussi un livre de bienséance offrant conseils, préceptes et modèles de correspondance, c’est encore un formulaire d’actes légaux ! Autant de domaines de la corporation de l’auteur, des maîtres écrivains jurés (1), dont l’emprise allait de la secrétairerie royale au droit et à la finance, passant par l’éducation de la jeunesse, aux métiers d’ornemanistes en relation avec les imprimeurs, les libraires, etc.

Puis, au milieu de ces pages, on découvre un cahier de quarante planches titré : Nouveaux exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne de Blégny, Me écrivain à Paris, iuré expert étably pour vérifier les écritures, et gravez par C. A. Berey, avec privilège du Roy. Ces pages nous ramènent aux temps sévères de la dictature du trait tiré de main droite et nous font sentir la distance avec notre époque, à laquelle la calligraphie n’est plus qu’un vague « loisir créatif.» À la vue de ces pages surréalistes, ne pourrait-on pas dire ces maîtres écrivains finalement aussi dignes de porter le titre d’hommes de lettres que les poètes ? Parmi ces derniers, certains se sont essayés à ce qu’on nomme les calligrammes depuis Guillaume Apollinaire – mais ces exercices se pratiquaient bien avant lui –, que rappellent ou qu’influencèrent les drôles d'ornements sinueux des premiers.

Ces entrelacs s'appelaient alors des « cadeaux ». L’étymologie de ce mot n’est pas certaine mais toutes les explications ramènent à l’écriture : soit le latin catena signifiant lien, sens figuratif de chaîne, soit, paraît-il, le provençal capdel voulant dire chef, pour les lettres initiales ornées – de là provient notre mot cadeau qui désigne maintenant quelque chose de l’ordre de l’enjolivement et du superflu, comme un petit présent. Il y avait un verbe, oublié : cadeler.