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 Conférences graphiques

B.A. BA de chez Aubanel, imprimeur (1852)
Lettres, alphabet, syllabes : deux affiches dans les caractères de l’imprimerie Aubanel, pour servir à l’éducation des enfants
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(SANS TITRE)
(Anonyme) Avignon, imprimerie de L. Aubanel, 1852

2 AFFICHETTES FORMAT 45 x 55 CM   

Ces deux affichettes, exploitant la veine de la loi Falloux de 1850 pour le développement de l’instruction publique, étaient destinées à aider les maîtres d'école et les curés dans leurs cours de Français aux très jeunes enfants. Elles sont issues des ateliers d'une fameuse imprimerie provinciale, celle de la famille Aubanel, qui exerça en Avignon du XVIIIe au XXe siècle. Son fils le plus célèbre fut Théodore Aubanel, poète provençal, pilier, avec Mistral et Roumanille, du mouvement félibrige. La signature de ces affiches indique quant à elle : « Aubanel, imprimeur de NSP le Pape et de Monseigneur l'Archevêque. »

Tout poète qu'il était, n'imaginons pas Théodore Aubanel en bohémien. Homme sociable et ouvert, il était en égal rapport d'amitié avec prélats, industriels et artistes dans sa province – et parmi ces derniers, aussi bien avec Alphonse Daudet qu'avec Mallarmé. Et il fit prospérer l'affaire familiale, éditant de tels produits que ces deux pages, sans avoir l'impression de déroger au Parnasse. Rien de paradoxal pour un esprit sain : après tout l'homme ne se livre-t-il pas à une variation sur une même partition, des sons de l'alphabet qu'il apprend enfant, matière première, jusqu'à, pourquoi pas, d'hermétiques constructions mallarméennes ?

Les caractères utilisés ici nous donnent un aperçu intéressant d'une casse de grandes lettres pour affiches de cette époque. En l’espèce, il s’agissait d’un pan commercial très important pour un atelier : il faut penser à l’importance qu’ont pu avoir les affiches pour véhiculer l’information avant notre époque d’écrans. Les plus grandes fonderies offraient des quantités infinies de polices spécifiquement conçues pour les affiches (1). Et en dehors des fondeurs de plomb, jusqu’aux années 1960 ou 70 on utilisa pour les plus grands corps de caractères des polices gravées dans du bois. Dans les modèles présentés ici, il s'agit à première vue d'une très épaisse didone sans surprise, on pourra néanmoins s'attarder sur quelques particularités comme le dessin de certaines lettres, tels les a et g bas de casse, la capitale Q, l'absence de w (« – Peuchère en dessous de la Loire ça te sert à rien ! ») et surtout sur l'ensemble original des italiques. Où l'on se rend compte que le dessin des lettres n'obéit aux strictes règles de l'imitation que jusqu'à la possibilité ou au désir qu'en aura son exécutant de faire œuvre insolite ou personnelle.

Le typographe responsable de cette taille nous a fait ce a à la panse croquée comme une pomme, le g avec une queue de cochon, celle du Q en demie moustache, le z et les futs d’autres italiques avec des attaques à la plume calligraphique au lieu de la géométrie qui préside aux didones… Sans trop exagérer, prétendre entendre l'accent du bonhomme ou sentir l'odeur du thym et de la lavande qui l'entouraient, disons que ce sont là des détails qui trahissent un naturel simple et franc de la meilleure veine provençale, vé !