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 Conférences graphiques

Chute de la Maison Deberny
De beaux restes
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LIVRET TYPOGRAPHIQUE
Fonderie Deberny & Cie, Paris, s.d. (années 1910)
1 VOLUME, FORMAT 16 x 24,5 CM 

La maison Deberny fut une vénérable institution dont l’origine remontait à la faillite d’un certain imprimeur nommé Honoré de Balzac, vers 1830. Laure de Berny, à la fois muse et financière de l’écrivain avait un fils, Alexandre Deberny, qui reprit et fit prospérer son activité de fonte de caractères. L’époque romantique assura le succès de son catalogue, riche en inventions, notamment en cadres, vignettes, ornements et autres attributs, et aussi en caractères pour affiches d’une variété infinie. Une bonne gestion et l’adaptation aux techniques et aux marchés firent de cette entreprise la principale fonderie du pays.

Mais en typographie comme en politique, des révolutions viennent, au rythme lent des siècles, secouer les tranquillités. Au tournant des XIXe et XXe siècles, la dernière en date avait été celle qui avait vu les caractères dit elzéviriens remplacer les didones (ceux de Didot et Bodoni). Cela avait été une proclamation de l’excellence des formes antiques et cursives et leur supériorité sur les dessins mécanisés. Une révolution humaniste en somme.

Mais comme en France on ne saurait baser une révolution que sur le progrès et non pas sur une réaction, on y poussa les formes des caractères, aussitôt libérées, vers les extrêmes de l’Art Nouveau, Moderne Style et autres délires qui empêchèrent tout simplement la lecture (qui peut lire le nom composé en Auriol d’une station de métro Guimard s’il ne le connaît déjà ?). Tandis que dans le reste du monde, et surtout chez les Anglo-saxons, on créait des dessins plus beaux et pérennes les uns que les autres, qui enrichirent pour longtemps les possibilités du design graphique – comme les renaissances du Garamond – la France légua… le style Nouille…

La maison Deberny avait dès son origine construit sa réputation sur l’innovation. Elle mobilisa de plus en plus lourdement ses fonds pour que de coûteux « artistes » lui conservent sa place d’avant-garde, alors que de tous temps et en tous autres lieux les typographes, aussi géniaux fussent-ils, étaient des « artisans ». Dans ce spécimen, on trouve mélangés (v. ci-dessus) des travaux aussi disparates que ceux d’un authentique talent comme Giraldon à ces discutables « caractères modernes » au succès très momentané.

La publicité commerciale en plein essor était gourmande de ces styles et leur assura un succès fort. Mais au long cours, il devenait impossible de distinguer les tendances des modes. À terme, au jeu du perpétuel renouvellement, la Fonderie Deberny se retrouva en difficultés financières et fut absorbée en 1923 par son principal concurrent, la Fonderie G. Peignot & Fils. Les fonds de leurs spécimens respectifs produisirent, en de nombreuses pages quasiment inchangées, le monumental Spécimen Général Deberny & Peignot de 1926 (1).