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Colonne de Trajan : la matrice
Capitales romaines des inscriptions lapidaires
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THE ROMAN ALPHABET AND ITS DERIVATIVES - A reproduction of the lettering of the Trajan column engraved on wood
Par Allen W. Seaby, Londres, B.T. Bradford Ltd., 1925
1 VOLUME, FORMAT 22 x 28 CM 
(Ci-dessous) Vue de l’inscription de la colonne trajane et sa reconstitution, composée dans la police de caractères « Trajan » dessinée par Carol Twombly.

 

Au pied de la colonne de Trajan, élevée en l’an 113 à Rome, cette inscription (ci-dessus) gravée dans le marbre présente de l’avis de nombreux experts le plus parfait dessin de la lettre capitale latine monumentale (la quadrata). Allen Seaby, professeur d’art, graveur et illustrateur, en a reproduit l’alphabet dans ce livre, en bois gravés d’après des moulages, pour servir aux professeurs et aux étudiants.

Dès les débuts du succès en imprimerie des lettres romaines, les principaux typographes ont cherché à fixer les meilleures proportions de ses capitales à partir des reproductions dont ils pouvaient disposer de l’épigraphie latine. On pense ainsi à l’imprimeur lyonnais Louis Perrin et ses Augustaux, à l’origine de la mode des Elzévirs au XIXe siècle. Mais c’est surtout au XXe siècle que la colonne trajane devint le canon de leurs travaux. Et il y a peu de doute que ce livre d’Allen Seaby a servi aux créateurs tels Emil Rudolf Weiss, Frederic Goudy, Warren Chappell, et peut-être encore, plus près de nous, Carol Twombly qui est à l’origine de la police Trajan commercialisée en 1989 par la maison Adobe.

Il est intéressant de noter que ces lettres sont aussi directement à l’origine de la célèbre police Optima (ci-dessous) d’Hermann Zapf (1955), pourtant une police sans empattement * – et de son avatar, le Pascal de José Mendoza.

C’est toute la subtilité d’un grand maître comme Zapf d’avoir réussi une telle latine, comme un pont entre les styles. Elle se classe dans la sous-catégorie des incises parmi les caractères sans empattement. C’est à dire que ses terminaisons sont très finement incisées, d’une manière assez proche de la marque que fait la plume ou la brosse d’un calligraphe tel que Zapf quand il achève son trait.

Et la boucle est bouclée quand on sait que la théorie la plus communément admise concernant l’origine des empattements est celle du père E. Catich (The origin of the serif: brush writing and roman letters, 1968) selon laquelle avant de graver leurs inscriptions dans la pierre, comme sur la colonne trajane, les romains y peignaient les lettres. Les terminaisons empattées que faisaient leurs brosses étaient ensuite reproduites et accentuées par les burins des graveurs. Ils augmentaient ainsi la lisibilité des inscriptions, en modelant les ombres en sections franches et créant des lignes directrices.

* Empattement : extension ou trait au bout des fûts ou dans les coins des lettres (l’empattement est aussi appelé sérif).