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 Conférences graphiques

Contes de Perrault gravés en taille douce
Apothéose de la taille douce (édition de Curmer)
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CONTES DU TEMPS PASSÉ
Par Charles Perrault, Paris, L. Curmer, éditeur, 1843
1 VOLUME, FORMAT 17 x 25,5 CM 

Les livres de l’éditeur Curmer sont très recherchés pour leurs qualités. Celui-ci est un monument en matière de mise en page. L’intégration des images dans le texte est audacieuse et réussie. Certaines pages pourrait presque faire de cet ouvrage un lointain ancêtre de la bande dessinée. 1843 : on ne n’échappe pas au style gothique revisité, mais loin des mièvreries habituelles du Romantisme, on a entre les mains le meilleur en matières de goût, charme et qualité. Démonstration selon laquelle suivre l’air du temps n’implique pas de sacrifier aux modes.

Les typographes ont eu de tous temps, avec les graveurs de lettres en taille-douce sinon des concurrents commerciaux, tout au moins des compétiteurs en matière de charme et de qualité (1). Les productions des seconds, de telles finesse et liberté, furent souvent une source d’inspiration et d’imitation pour les premiers. Quelques uns des plus beaux monuments de la bibliophilie sont des ouvrages imprimés non pas avec des caractères mobiles en plomb mais d’après des plaques de métal finement gravées en creux puis encrées et estampées. Ces livres sont rares toutefois : les graveurs de lettres réalisaient plus généralement des pages de titre ou des légendes d’images que des livres entiers, très coûteux pour l’éditeur. Ces contes de Perrault sont un exemple de ce genre d’édition de luxe. Les caractères furent gravés au burin sur cuivre par un certain M. Blanchard. Qu’on s’imagine le travail de cet artisan ! Chaque lettre, chaque ligne étaient gravées à l’envers donc, pour être reproduites à l’endroit par la presse sur la feuille de papier. Ses caractères peuvent à la fois être appelés des lettres liées et des italiques d’imprimerie, dans le goût des didots de l’époque.

Certains graveurs de ce type de gros ouvrages faisaient au préalable composer une épreuve au plomb par des typographes, épreuve dont ils se servaient de matrice après l’avoir transférée sur les « calques » de l’époque (des papiers huilés pour les rendre transparents). Mais les meilleurs artisans de cet art gravaient à main levée, d’un geste sûr et expérimenté (comme l’a sûrement fait M. Blanchard), des caractères de leur cru, sans équivalent, œuvres uniques jamais dupliquées. Ces lettres n’avaient rien à envier aux caractères d’imprimerie des points de vue de la régularité de leur corps, de leurs détails ou de leur agencement. Elles y gagnent même souvent en grâce et en élégance – leur seul défaut, s’il en était un, étant celui de la préciosité. Comme ici l'inclinaison très (trop ?) importante des italiques…