À propos

Nouvelles

 Conférences graphiques

Daniel Berkeley Updike
« Printing Types », somme indispensable et inégalée
imagemenu
PRINTING TYPES. Their history, forms and use. A study in survivals.
Par Daniel Berkeley Updike, Cambidge, Harvard University Press, 1937 (2e édition)

2 VOLUMES, FORMAT 17 x 24 CM 

« – Voilà un livre qu’on va relire plusieurs fois dans sa vie ». Telle est l’espèce de certitude qu’on a en le refermant après une première lecture. On l’a truffé de marque-pages et de notes crayonnées pour pouvoir y revenir, comme si chacun de ces points de vue allait offrir la découverte d’un tableau historique qu’on pourra embrasser d’un coup d’œil. Que cherche-t-on par exemple ?

Quand, qui et quels évènements ont fait basculer les caractères des dessins gothiques à ceux du romain – et qu’est-ce qui fait dire romains tous ces alphabets des XVe et XVIe siècles qu’un œil béotien dirait gothique ? On dispose des reproductions des pages ou portions de pages les plus anciennes et les plus rares, des plus vieux spécimens, on admire les hésitations des dessins des lettres « nationales », puis soudain les proportions parfaites des pages imprimées par Jenson, les compositions d’Alde, etc.

Comment et pourquoi les lettres romaines sont devenues plus étroites à un moment donné : on saute des délires normatifs des Romains du Roi à l’économie des lettres gravées par Van Dyck pour Elzévir, puis aux droites mécaniques des Bodoni et Didot, les caractères d’affiches du XIXe siècle, etc.

Comment, entre éléments de plomb et gravure, le goût et les tendances des ornements de page à évolué, des décors espagnols du XVIe siècle aux complexes combinaisons de fleurons de Granjon, des pâtisseries rococo de Fournier ou, au même moment, l’épure zen de Baskerville, jusqu'aux renaissances moyennageuses de William Morris, etc.

À chaque question qu’on se pose c’est la même chose : il y a un millier de réponses. On ira de renvoi en citation, on lâchera le fil qu’on croyait tenir, en un mot : on s’y perdra. Chacune des 600 pages de l’Updike renvoie à des exemples, des notes, à nos propres expériences et réflexions aussi. C’est le problème du livre scientifique. Aucune science ne se résumant jamais, on se demande pourquoi même des chercheurs publient leurs résultats puisqu’ils vont changer. Or, si Updike a effectivement appliqué une méthode quasi scientifique à ses travaux – destinés aux étudiants et aux professionnels – ce qui séduira plus sûrement le lecteur de ces pages ce sera l’aspect historique du sujet, oscillant entre roman et saga. Et on n'aura plus qu'à recommencer la lecture des deux tomes à zéro, pour le plaisir.

Voilà un travers commun aux autodidactes : vouloir trop en faire. Car Daniel Berkeley Updike (1860-1941), auteur de cette somme inégalée, n’était pas un professeur, c’était un imprimeur de profession, qui avait commencé sa carrière comme grouillot. Son esprit, sa curiosité, son initiative et ses talents firent de lui ce qu’il devint : un Maître, aussi bien dans son métier – il dirigeait la Merrymount Press, l’une des maisons américaines qui éditait les plus beaux livres de l’époque – qu’en matière d’enseignement – il n’édita pas son œuvre à compte d’auteur, elle parut aux presses universitaires de Cambridge et Harvard.

Printing Types est plus qu’un livre savant. Avec ses notes, ses renvois, ses gloses, c’est une bible, l’Ancien Testament de la religion typographique. Le Nouveau attendra d’être écrit, qui fera la part belle aux caractères sans sérifs dont Updike ne pouvait encore prévoir l’épiphanie, aux bouleversements du milieu du XXe siècle, quand les outils du typographe ont changé, passant du plomb à la lumière photographique, puis informatique, et autres évènements qui nous attendent.

C’est un défaut du Livre en soi, de paraître un petit contenant pratique et bien hermétique qui renferme tout un sujet. Car hermétique un livre peut l’être dans tous les sens du terme, surtout dans cette matière de typographie, cet infini de détails quasiment invisibles dont l’assemblage donne l’illusion d’une contrée tangible.