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Daniel Michon, Imprimeur
« – Avec tous les œufs qu’on a cassé, quelle belle omelette on devrait déguster ! »
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ENTRETIEN AVEC DANIEL MICHON, DIRECTEUR
Imprimerie G. Michon, Neuilly-sur-Marne (93)

Photographie © Arnaud Chambon

Je vais à l’imprimerie Michon un matin à 8h00 pour superviser le calage d’un dépliant pour un de mes clients. Daniel Michon est là. C’est le fils du fondateur de l’entreprise. Il en est le directeur et travaille avec l’un de ses frères, qui dirige quant à lui l’atelier. Propos autour de la machine à café, pendant que le conducteur recharge des macules.

PBlanc : C’est beau le travail que vous avez fait sur ce livre d’artiste, là. C’est quelque chose que vous avez beaucoup pratiqué, le livre d’artiste. Il en est où ce créneau aujourd’hui ?

DM : Ne nous voilons pas la face, il y a une crise économique et il n’y a plus beaucoup d’artistes capables de payer leurs monographies à compte d’auteur ou de les faire financer par des galeries. Nous avons la chance de nous être positionnés sur ce créneau depuis la fondation de l’entreprise, en 1970. De ce fait on y conserve une clientèle. Mais les volumes ne sont plus les mêmes pour ces ouvrages.

PBlanc : Pour parler franchement, disons que votre profession trinque depuis une grosse dizaine d’années : disparitions de nombreux imprimeurs, survie de certains à coups de dumping sur les prix... Votre structure familiale, votre taille, votre positionnement en formats, ce sont des avantages dans ce contexte ?

DM : Clairement oui. Pour la bonne et simple raison qu’en face de nous nous avons soit des sociétés plus hiérarchisées, soit carrément virtuelles : on croit rêver quand on voit de la publicité à la télévision pour faire imprimer 500 cartes de visite pour 5,90 euros ! Et pourquoi pas ? Il faut une lèse de 70 x 102, on y met 200 cartes différentes, la machine n’a pas besoin d’être en France. Elle peut être au Viet Nam où le travail ne coûte rien. Bon, mais le client paye d’avance. Et quand il reçoit le résultat, si ça ne lui convient pas pour ci ou pour ça, et bien il n’a que ses yeux pour pleurer. On n’est pas dans ce contexte, mais à la fin les gens s’habituent à ne rien payer. C’est pénible de batailler contre ça. Alors clairement, notre crédo, c’est la qualité. Dans une boîte comme la notre, soit mon frère soit moi-même, nous sommes dans l’atelier personnellement, tout le temps, on supervise, on maîtrise. C’est la différence.

PBlanc : Bon an mal an l’imprimerie Michon s’en sort. Ce serait juste génial si vous n’aviez pas à faire tous ces investissements régulièrement ! De ce côté là, ça y va, non ?

DM : Quelle bonne omelette on devrait déguster avec tous les œufs qu’on a cassé ! (rires) Blague à part, on ne peut pas faire autrement. Ceux de mes confrères qui n’ont pas fait les choix d’investir sont condamnés. C’est lourd par contre ! Surtout par rapport aux prix pratiqués. En 10 ans le prix du calage a diminué de moitié ! Vous entendez bien. Et les fournitures augmentent toujours : encres, vernis, papier... Du coup, adieu la marge.

PBlanc : Quelles principales évolutions avec ces investissements ?

DM : Il y a eu le CTP, il y a eu les presses robotisées qui augmentent les cadences... Nous on a aussi misé sur l’optimisation du calage avec le Color Pilot qui remplace – vous vous souvenez ? – les densitomètres.

PBlanc : Oh, oui ! Justement l’autre jour avec les vieux de la vieille de mon studio, on en a ressorti un et on essayait de se souvenir comment on s’en servait : la règle en plastique sur les trames qui dessinent des figures bizarres ! Quelle antiquité !

DM : Et bien maintenant c’est connecté à la PAO et ça se répète tout au long de la chaîne. Mais voilà encore un outil à régler et à entretenir sans cesse ! Ce n’est plus la règle en plastique qu’on ressort du tiroir ! Ça coûte un bras cette histoire là ! A côté de ça, il y a des vieux trucs qui résistent, des niches curieuses. Tiens par exemple, je regrette d’avoir bazardé mes vieilles presses typo, vous vous souvenez, les Ofmi ? Je ne dis pas que je n’en rachèterai pas un jour. Il y a des niches comme les carnets, les liasses numérotées et autres petits administratifs qu’on n’imprime que sur ces vieilles presses typo. La demande est très forte. C’est retour vers le futur !

PBlanc : Sans parler d’une tendance – surtout chez les Anglo-saxons, la mouvance private press – à utiliser ces vieilles bécanes pour faire du livre d’artisanat d’art.

DM : Oui ! Alors que ce n’était pas fait pour ça, les linotypes, les monotypes, c’était l’industrie. L’art il se faisait au plomb, caractère par caractère. Et aujourd’hui on fait du livre d’art avec les linotypes !

PBlanc : Sur les travaux de communication, personnellement je perçois un retour de mes clients vers des documents qu’ils avaient cessé de me commander depuis 5 ou 6 ans, comme des grosses plaquettes, des livrets d’accueil... Tout ce qu’ils ont passé sur le net pendant tout ce temps sans être sûr que les messages soient reçus. La communication imprimée est tangible, elle est destinée à durer sur certains produits importants.

DM : C’est cyclique. Mais je suis optimiste moi aussi. Et je vais plus loin que vous : je perçois aussi le retour des petits travaux. Mais ne nous mentons pas : à mon niveau c’est essentiellement dû au fait que le nombre d’imprimeurs a tendance à diminuer aujourd’hui. Et puis si je suis optimiste c’est parce que 2012 s’annonce sous le signe du changement pour nous : l’imprimerie Michon se rapproche de deux autres entités sous la forme d’un groupement d’intérêts économiques. Du coup on a plein de nouvelles possibilités, on aura toute la chaîne du façonnage intégrée, une presse numérique dernière génération pour les toute petites quantités, etc., on va améliorer les délais...

PBlanc : Ces délais qui diminuent toujours !

DM : Comme vous dîtes, ça devient fou ! Vraiment.

PBlanc : Ce rapprochement, ça change quelque chose à l’esprit de l’entreprise familiale ?

DM : Rien du tout ! Surtout pas ! On va de l’avant sans hésiter, surtout sans tarder, c’est tout. Mais au bout c’est toujours le même souci de maintenir notre réputation de qualité, de disponibilité, la même philosophie.

 

Imprimerie G. Michon : 01 43 00 18 10