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Daniel Wormeringer, papeteries Arctic Paper France
« – Le papier transmet une sensation, c’est un vecteur d’émotion »
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ENTRETIEN AVEC DANIEL WORMERINGER, RESPONSABLE DU DÉVELOPPEMENT
Arctic Paper France, Paris XIIe

Photographie © Arnaud Chambon

Daniel Wormeringer trouve régulièrement des occasions de me tenir au courant des nouveautés d’Arctic Paper, un des leaders européens des papiers graphiques haut de gamme. Ses usines en Suède, en Pologne et en Allemagne, proposent de nombreuses gammes, dont les marques Amber, Arctic, Munken, etc. Le papier est un univers qui nous passionne, Daniel et moi.

PBlanc : Au touché, tes papiers offrent des sensations « naturelles ». On se dit : voilà du papier ! Et l’imagination vagabonde : les forêts, la pâte de bois... Loin de l’univers des papiers couchés (« glacés » comme on dit improprement) qui évoquent quant à eux l’industrie lourde, chimie, pollution. Pourtant Arctic Paper est un industriel, et un lourd.

DW : C’est parce que jusqu’aux années 1970 les Nordiques ont pollué leurs propres sites naturels et qu’ils étaient directement impactés dans leurs vies par les problèmes environnementaux qu’ils en ont pris conscience avant tout le monde. Une de nos usines, Munkedals, est aujourd’hui l’une des plus propres au monde en matière d’industrie papetière : elle est en système d’écocycle et utilise très peu d’eau – environ 70 % en moins que les autres usines européennes.

PBlanc : Quelles sont les principales utilisations du papier graphique ? Qui le choisit et quand fait-il le bon choix ?

DW : Il faut trouver le bon compromis entre différents critères. Ça va de la texture et de la couleur au toucher, en fonction du sujet, de la façon dont il est plus ou moins chargé en encres... C’est une alchimie que doivent résoudre ensemble le graphiste, l’éditeur, son chef de fabrication et l’imprimeur.

PBlanc : Peux-tu expliquer au béotien ce qu’est un papier « bouffant » ?

DW : Il y a ce qu’on appelle la « main » du papier, l’impression plus ou moins « lourde » dans le rapport entre son épaisseur en microns et son poids en grammes. Des papiers de même grammage peuvent avoir plus de main que d'autres. Ainsi quand un papier, disons « normal », a une main de 1, un bouffant aura une main de 1,5 à 2. Il a plus de volume. Pourtant, à poids égal, il paraît plus léger. C’est dû à sa fabrication qui ouvre les fibres au lieu de les comprimer.

PBlanc : Dans l’esprit de la plupart des designers il y a justement l’écueil selon lequel les photos, les images, les couleurs ne s’impriment pas correctement sur ces types de papier, qui boivent l’encre. Or ce n’est plus vrai. Sans rentrer dans trop de détails, quels développements permettent une bonne quadri ?

DW : Contrairement à ce qu’on aurait le réflexe de faire, il ne faut pas charger en encres. Il faut adapter la photogravure. On a de plus en plus tendance à oublier cette étape primordiale. Pour obtenir la meilleure restitution d’un original toute la chaîne graphique doit être coordonnée. La photogravure ne peut pas se résumer à enregistrer une image sur Photoshop en tel ou tel format. Chez Arctic Paper nous avons fait mettre au point depuis une dizaine d’années, par des spécialistes de la couleur, des profils ICC spécifiques. Nous les réactualisons autant que le besoin s’en fait sentir. Je dirai qu’au delà de la problématique « couleurs », la charge d’encre impacte aussi sur le temps de séchage, sur les cadences en général. On parle là d’un processus industriel global.

PBlanc : On veut que les machines roulent plus vite, on veut payer moins cher le tonnage de papier, ça rentre dans cette problématique où l’on ne voit plus que l’aspect financier de nos métiers.

DW : Les plus grands éditeurs vont imprimer à des endroits où ils n’avaient pas l’habitude d’aller. Et de s’étonner des inadéquations de leurs choix, des surprises qu’ils rencontrent quand les encres utilisées ici ou là ne sont pas les mêmes, etc. C’est vrai que si on écoutait tout le monde, on ne proposerait plus qu’un ou deux types de papier en un ou deux grammages, même teinte, opacité standard. Ce n’est pas notre idée. Nous sommes dans l’innovation, force de proposition.

PBlanc : Comment devient-on responsable du développement d’un papetier ?

DW : Cette fonction n’existait pas il y a quinze ans. Rappelons-nous le frein économique consécutif aux années 1991-92. On perdait un gros client et on se rendait alors compte qu’on ne pouvait plus le remplacer dans l’année. Il a fallu se remettre en cause, étudier ses forces et ses faiblesses. Identifier les produits et savoir comment les faire connaître ou reconnaître, assurer la promotion des tout nouveaux produits. Pour être acteur à ce niveau il fallait un dizaine d’années d’expérience commerciale et une grande sensibilité marketing. Je parle de marketing opérationnel, celui dont on peut mesurer rapidement l’impact.

PBlanc : Des exemples ?

DW : Au regard des demandes des clients, je suis à l’origine de la rubrique Services > Gestion de la couleur sur notre site Internet, une rubrique qui a été ensuite traduite en Anglais, en Polonais et en Suédois. Nous avons aussi sorti Grisée de mer, un livre qui est une adéquation totale entre le papier (le Munken Lynx Rough), le sujet (un carnet d’aquarelles maritimes) et une artiste (Sophie Ladame). Mon rôle est allé de ces choix-là jusqu’aux étapes de fabrication, photogravure, impression. Le produit fut un test de production grandeur réelle. On a poussé les manettes à fond et on s’est prouvé, et on peut démontrer, que ce papier magnifique accepte les cadences les plus infernales ! Une autre de mes idées a été d’être, depuis 2004, le fournisseur et partenaire officiel de Reed Expo, l’organisateur du Salon du Livre de Paris, pour rayonner (entre autres) auprès des 1200 éditeurs exposants, qui sont le cœur de notre métier. Nous organisons aussi des conférences, des rencontres. Toutes ces actions nous servent à sécuriser et prouver. On appuie la force de vente au quotidien.

PBlanc : La passion comme au premier jour, fraichement émoulu de l’École Estienne ?

DW : Intacte. Rends-toi compte que je suis souvent en position de provoquer des idées chez mes clients !

PBlanc : Aujourd’hui on n’imprime plus la brochure inutile. S’il y a un budget print il faut qu’il ait toute sa force, sa valeur ajoutée. Comment vois-tu l’avenir de l’industrie du papier ?

DW : Dans les années 1970 on ne se posait pas la question : on imprimait systématiquement sur du papier couché brillant. Aujourd’hui on recherche le naturel. Le papier transmet une sensation, c’est un vecteur d’émotion. Les gammes d’Arctic Paper ont de beaux jours en perspective.

 

Le site d'Arctic Paper France : arcticpaper.com/fr

La page consacrée à la gestion de la couleur : Services > Couleurs