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La page en mutation (2e conférence)
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« LA PAGE DE L’ANTIQUITÉ À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE. HISTOIRE, USAGES, ESTHÉTIQUES » PAR LE Pr. ANTHONY GRAFTON
La Chaire du Louvre avec Anthony Grafton, cycle de conférences et ouvrage, juin 2012
www.louvre.fr/conferences-et-colloques

Photo ci-dessus © F. Cirou, PhotoAlto

Conférence du 14 juin 2012, Auditorium du Louvre :

LA PAGE EN MUTATION. MÉTAMORPHOSES ET SIGNIFICATIONS.

Anthony Grafton conteur : admis à la réserve des manuscrits antiques de la Bibliothèque Vaticane, tous les matins à 7h un certain père Boyle lui ouvrait, au fond d’un sous-terrain une porte qui ressemblait à une écoutille de sous-marin. Et à ce moment, le père Boyle le repoussait en arrière brusquement, car il fallait laisser s’échapper l’air vicié de la pièce – le Pr. Grafton de mimer une colonne d’air dans la pénombre en agitant ses bras tendus en l’air ! C’était comme un nuage palpable de miasmes, les fantômes, disait le père Boyle, des veaux et des agneaux sacrifiés pour la réalisation des parchemins et des couvertures des 180 000 rouleaux et codex conservés là.

Le Pr. Grafton nous racontait, objet de ses études, l’histoire de l’évêque Eusèbe de Césarée (IIIe et IVe s.), premier producteur industriel connu de livres. Pour la seule commande impériale de cinquante luxueuses Bibles, des chercheurs ont ainsi calculé qu’environ 18 500 animaux avaient été immolés pour en fournir la matière première !

Eusèbe de Césarée conçut les mises en page les plus complexes et les plus belles, composant ses codex en de nombreuses colonnes et inventant des systèmes de tables et de tableaux dont le Pr. Grafton fait les ancêtres des hyperliens. Il dirigeait une armée de collaborateur, scribes, savants, calligraphes, relieurs, etc. Sa « Chronique » offrait aux lecteurs des visions transversales à travers les âges et les époques des différents royaumes, hommes et événements du passé. De pages en pages, des configurations suggestives autant qu’informatives faisaient converger, en une démonstration graphique imparable, l’évidence de la fin des royaumes et de la prééminence de Rome.

Eusèbe pourrait être le saint patron des graphistes ou encore des éditeurs. Mais il n’est pas saint. Ce n’était qu’un homme, simple et laborieux entrepreneur du domaine graphique, distrait dans sa quête d’absolu par les contingences naissantes de cet artisanat.

Rappel de la publication du livre du Pr. Grafton : « La page de l’Antiquité à l’ère du numérique. Histoire, usages, esthétiques. », La Chaire du Louvre, en coédition avec Hazan, 2012, broché, 250 pages, ISBN 978-2-75410-835-1.