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 Conférences graphiques

Laurent Bron, chef de studio
« – Nous avons résolument décidé de nous positionner dans une tradition de studio d’exécution »
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ENTRETIEN AVEC LAURENT BRON, GÉRANT
Studio Orient Express, Paris XIVe

Photographie © Arnaud Chambon

J’ai recours depuis de longues années aux services du studio Orient Express pour des travaux de réalisations graphiques conséquentes : catalogues, parutions régulières, etc. Leur équipe d'une petite dizaine de personnes assure l’exécution des travaux dont je conçois le design graphique. Cette approche industrielle de leur métier est originale. Discussion avec Laurent Bron, le gérant.

PBlanc : Cette spécificité qui est la votre, elle trouve son origine dans vos premières armes chez des imprimeurs-compositeurs comme Berger-Levrault, Maulde & Renou. Vous cultivez cette tradition du « labeur » et vous démarquez ainsi des pléthores de studios qui ne s’intéressent qu’à la création et pour qui la phase d’exécution est la partie pauvre, parfois le début des ennuis...

LB : Effectivement nous avons résolument décidé de nous positionner dans une tradition de studio d'exécution, cela est du en partie à nos parcours professionnels respectifs mais surtout pour répondre aux besoins de nos clients qui souhaitaient un réactivité importante, charge à nous de pouvoir répondre à cette demande par les bons outils et la bonne organisation. Savoir réaliser des documents volumineux ou des parutions récurrentes demande en effet une méthode toute différente de celle pratiquée par beaucoup d'agence ou de graphistes indépendants, qui pour des raisons de compétence ou de ressources ne peuvent assurer ou ne veulent répondre à ce type de demande.

PBlanc : Justement, qu'est-ce qui vous différencie des autres studio ?

LB : Depuis toujours, nous avons essayé de « produire mieux ». Gagner de la rentabilité sur les tâches répétitives, souvent fréquentes dans notre métier, en passant par tous les possibilités que nous offre l'informatique. Des fonctions natives des logiciels (souvent méconnues et inexploitées) aux scripts java pour élargir les fonctions traditionnelles des outils PAO. Pouvoir récupérer les données clients et en automatiser la mise en page, travailler sur les flux de production et générer du XML par exemple.

PBlanc : Nous sommes, vous et moi, redevables aux inventions d’Apple de la fin des années 1980, la génération Mac. Mais une fois qu’on a dépassé les clichés de « facilité, « convivialité », etc., on se frotte à de vraies problématiques techniques.

LB : Je ne pense pas que l'on puisse parler de facilité, les problèmes se sont déplacés. Le temps gagné grâce à l'outil informatique, par exemple, a notablement raccourci les délais de réalisation demandés par nos interlocuteurs... Il est aussi certain que ces outils peuvent donner l'illusion d'un « résultat ». En effet, créer un bloc texte, placer une image, est à la portée du premier venu. Tout le monde, aujourd'hui, a une culture que je qualifierai de « pomme C pomme V »... Mais produire un résultat professionnel dans tous les sens du terme demande une toute autre expertise. Nous sommes toujours dans un process de « Chaîne graphique » et les pièges peuvent être d'autant plus nombreux que la technologie ne cesse d'évoluer. En fait il est donc nécessaire de privilégier la formation, la curiosité, et le travail en équipe qui est encore la meilleur source de progression.

PBlanc : Et la fin du papier ? Vous êtes bientôt fichus, non ?

LB : Il est certain que la diffusion de l'information va progressivement glisser vers le support numérique. Les deux techniques de diffusion vont cohabiter encore un certain temps pour une raison d'équipement des consommateurs et dans une moindre mesure une raison générationnelle, mais à terme le support numérique s'imposera obligatoirement. On voit déjà la presse quotidienne et magazine basculer de plus en plus vers les nouvelles technologies et les éditeurs générer un e-book en complément de la version papier. Ici, nous produisons des publications en mise en page automatisée d'après DTD dont on restitue le flux XML pour qu’il soit mis en ligne en même temps que nous générons les documents pour l’imprimeur... Mais le travail d'un studio graphique comme le nôtre est de continuer à apporter le « savoir produire du texte-image » de qualité quelque soit le support final de diffusion. À chaque révolution technologique, il faut savoir s'adapter.

PBlanc : Au final, on se retrouve – vous les « exés » comme moi le « créa » – avec les mêmes satisfactions : une belle page dans les bons caractères, un beau rendu de couleurs, un touché de papier idoine... Pas si industriels que ça au final. Ce sont des satisfactions d’artisans, non ?

LB : Bien sûr ! J'ai toujours trouvé que considérer notre métier comme de l'artisanat était la meilleure façon d'aboutir à un travail de qualité, et ce n'est pas forcément antinomique avec une nécessité de rendement. Il faut trouver le bon équilibre...

 

Le site du studio Orient Express : www.orientexpress.fr