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Le spécimen ultime (1988)
Trop tard !
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DIGITAL DESIGN
Par Bernd Holthusen, Düsseldorf - Wien - New York, Econ Verlag, 1988
1 VOLUME, FORMAT 30 x 40,5 CM 

Photo ci-dessus (DR) : détail de la jaquette de couverture.

Ce grand et beau livre est étonnant. Publié pour la société Scan Graphic en 1988 pour être offert à sa clientèle (essentiellement les grandes et moyennes agences de publicité et leurs ateliers de fabrication), il revêt la forme du spécimen ultime !

Dans les arts graphiques le mot spécimen évoque plutôt les catalogues typographiques des éditeurs ou fondeurs de polices de caractères. Cet ouvrage est aussi un riche spécimen typographique. Mais Scan Graphic fabriquait des postes mixtes de photocomposition et de photogravure. Et les pages du livre nous montrent toutes les possibilités que ces ordinateurs offraient en la matière : une quintessence technologique.

Des outils – wysiwyg – permettaient tout ce dont on peut avoir besoin dans le traitement des images : gestion des trames et des linéatures, création de formes, motifs et filets, bendays, dégradés, chromies, détourages, déformations et jusqu’au dessin à l’écran... Pour ce qui est de la photographie, la finesse et la richesse des traitements, réglages et retouches sont saisissantes et répondaient aux attentes les plus précises des professionnels les plus éclairés.

Quant à la partie typographique, rien n’y manque : variété des fontes, multiplicité des réglages, effets de toutes sortes – ombres, couleurs, incrustations, inclinaisons, rotations, habillages, jusqu’à la composition circulaire... Il y aurait même trop de démonstrations (styles datés des années 80).

Le seul problème pour Scan Graphic, c’est que ce matériel était mis en vente en 1988, donc.

Souvenons-nous : Adobe Illustrator 88, Aldus Page Maker 2.0, bientôt Photoshop (la version 1.0 est sortie en 1990). Tous les outils des coûteuses et encombrantes stations Scan Graphic allaient devenir accessibles sur de minuscules unités PAO qu’on pourrait se payer sans emprunter.

De plus, les actions et les commandes restaient très complexes sur ces machines. Sans être un génie des mathématiques, il fallait tout de même une solide formation à des logiques spécifiques. On utilisait plus le clavier que la souris. C’était l’apanage de techniciens spécialisés, peu enclins à partager. Le dialogue avec les créatifs était difficile.

L’intuitivité des Macintosh, la capacité de mémoire, les courbes de Bézier et l’émulation logicielle allaient tout balayer de cette savante petite industrie, de ses capitaines et de ses ouvriers. Ils sont remplacés par peu de multinationales et par le graphiste polyvalent d’aujourd’hui – qui doit aller chercher lui-même sa documentation en ligne au lieu de recevoir ce genre de spécimens monumentaux.