À propos

Conférences graphiques

 Nouvelles

Parution
Maquettes de combat
imagemenu
WAR ART IN THE NATIONAL ARCHIVES (UNITED KINGDOM)
The National Archives & Wikimedia UK, juin 2012
COMMONS.WIKIMEDIA.ORG

Auteurs des images ci-dessus, de g. à dr. et de haut en bas : Abram Games, inconnu, Harold Forster, Cyril Kenneth Bird alias Fougasse, les deux derniers : inconnus. Image ci-dessous (détail) : inconnu.

Combien de fois ai-je été présenté en réunion de travail, avec quelque ironie, comme « l’artiste » ? Si le graphiste est ainsi souvent perçu, c’est largement parce que son métier, à un moment de l’histoire, s’est trouvé à la croisée de plusieurs chemins : entre les besogneux préparateurs de copies d’imprimerie, les maquettistes, et le flamboyant illustrateur, parfois même le peintre. Et c’est la contribution de ce dernier qui a marqué les esprits, dans un domaine, celui du design, où l’art n’est pourtant qu’appliqué. Historiquement, ce sont les développement techniques du XIXe siècle qui ont permis de marier ces professions, notamment dans un secteur, celui de l’affiche. On a tous en mémoire les lithographies de Toulouse-Lautrec et suiveurs.

Depuis quelques jours, The National Archives (Grande Bretagne) et Wikimedia ont mis en ligne un premier lot de documents étonnants, témoins de cette époque charnière du milieu du XXe siècle où l’importance de l’image est devenue essentielle dans la communication. Ces images sont offertes sans restriction à la consultation et à la reproduction sous le label Creative Commons.

Il s’agit des reproductions en haute définition de 360 premières images (plusieurs milliers d’autres devraient suivre) : les maquettes originales d’affiches, annonces et autres tracts créés pendant la seconde guerre mondiale pour la propagande britannique. Ce sont pour la plupart des projets refusés par les fonctionnaires du ministère de l’information et jamais publiés. Ils sont à l’état de croquis, parfois d’esquisses. Mais beaucoup d’images sont tout à fait achevées. Les textes sont peints ou dessinés avec précision, ou bien leur a-t-on laissé un emplacement où ont été gribouillées ou ébauchées des compositions, des propositions. Beaucoup de documents comportent des annotations des graphistes eux-mêmes ou des professionnels qui les ont jugés. On peut ainsi lire sur l’un d’eux : « Une bombe explose du centre et pas sur le côté comme dans votre dessin ». La très haute définition des scans permet de zoomer dans les images et d’en observer tous les détails.

La majorité des auteurs de ces pièces est anonyme. Mais quelques noms émergent aussi, certains connus par quelques exégètes, d’autres assez célèbres, comme Fougasse (v. ci-dessus). La majorité de ces « artistes » a, après guerre, consacré forces et talents à la publicité moderne naissante, dans ces pacifiques combats du commerce qui réunit les hommes.

Pendant la guerre ils travaillaient visiblement déjà en mode projets, comme pour des campagnes publicitaires. On appréciera la variété et les réussites des thèmes les plus variés : recrutement de services, efforts divers (agriculture, industrie), tri sélectif et recyclage, encouragements au combattants… et les slogans, comme celui-ci, le conseil d’un enfant à son père, militaire un peu trop bavard auprès d’une belle inconnue, sans doute une espionne nazie (v. ci-dessus) :

« KEEP MUM SHE’S NOT SO DUMB » (Garde maman elle n’est pas si nulle) !

La maquette d’un projet graphique est un objet rare. Une maquette n’est pas destinée à être conservée. C’est donc un ensemble tout à fait original et très touchant que l’on peut désormais consulter.

Voir les images en ligne : la page d’accueil du projet