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Ornements de plomb
Une tentative de renaissance
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PRINTERS ORNAMENTS (on the Monotype) applied to the composition of decorative borders, panels and patterns
Par Frederic Warde, Londres, Lanston Monotype Corpn. Ltd, 1928

1 VOLUME, FORMAT 21 x 28,5 CM 

Ce livre fut le grand œuvre du graphiste américain F. Warde, puisqu’hélas sa vie fut brève : 1894-1939. Ses autres œuvres furent de collaboration, avec Bruce Rodgers à la création de polices de caractères et avec l’Officina Bodoni de Mardersteig. Pour la composition de ce livre, Warde œuvra dans l’esprit qui animait cette mouvance d’afficionados anglo-saxons de la typographie. Il retrouva, redessina et arrangea des poinçons ornementaux anciens, essentiellement ceux du style de Granjon, du XVIe siècle, et ceux de P.-S. Fournier et quelques autres de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Ces fleurons, filets, motifs et dessins permettaient, quand on les juxtaposait, de créer à volonté des cadres, vignettes, bordures, placards et autres motifs décoratifs.

Warde n’a pas fait ce livre pour le seul plaisir historique : c’était une commande de la branche londonienne de la multinationale Monotype, qui fit fondre ces poinçons et les proposa à la vente sur les conseils de Stanley Morison. Le présent ouvrage servait de spécimen – l’exemplaire présenté fut celui de la fonderie allemande D. Stempel AG. L’histoire ne dit pas si l’affaire rencontra la rentabilité escomptée. On sait qu’il y eut un goût pour de telles décorations chez les bibliophiles et les éditeurs qui les fournissaient, un goût soutenu par les influentes critiques de Morison et ses collègues de la revue Fleuron.

Mais à vouloir répéter une tendance ancienne, on ne fait que la singer. Aussi dira-t-on que cette tentative ne s’est transformée ni en renaissance ni en mode et qu’elle a périclité. Ces poinçons de Monotype ont servi plus tard aux exercices de styles de différents graphistes dont M. Caflisch et H. Zapf. On les retrouve de nos jours partiellement numérisés, proposés à la vente mais rarement rencontrés dans quelques parutions que ce soit, sinon pour les vieillir, ou pour des touches datées, au second degré. Il faut dire que leur maniement est complexe et demande une bonne observation, une maquette sûre et de longs tâtonnements avant d’obtenir pour résultat… des motifs qu’on a l’impression d’avoir déjà vu dans le meilleur des cas, de drôles de choses assez lourdes et décalées sinon.

Il reste cet ouvrage insolite et rare, dont les pages les plus étonnantes sont finalement celles (v. les deux exemples ci-dessous), reliées à la fin, qui sont imprimées en de multiples assortiments d’encres et de papiers de couleurs différentes, pour servir d’inspiration aux fabricants d’emballages ou de papier de garde ou de renfort pour les relieurs. Beautés industrielles.