À propos

Conférences graphiques

 Nouvelles

Vu
Oser les « fantaisies »
imagemenu
ENSEIGNE DE RESTAURANT
Lei, 17 avenue de La Motte Picquet, Paris VIIe
© REPRODUCTION INTERDITE

La plupart des polices de caractères inclassables ou peu utilisables sont regroupées sous le terme générique de « polices de fantaisie.» Ce restaurant a osé décorer sa façade avec de tels caractères. Le mot « PARIS » y est composé dans ces lettres qui font partie de la famille appelée égyptienne, créées au XIXe siècle, et dans cette famille elles appartiennent à la branche à laquelle on a donné divers noms : italiennes, toscaniennes, etc, en rapport avec le pays où elles ont été développées, y servant surtout à imprimer des affiches et des programmes de spectacle, opéra et autres. Puis elles ont traversé l'Atlantique et ont eu un succès énorme en Amérique du Nord. Et on se souvient peut-être moins en les voyant maintenant qu'elles ont annoncé des opéras de Puccini plutôt que cirque Barnum, Wild West Show, rodéos ou autres hors-la-loi wanted. Du coup on les appelle aussi caractères western.

Le restaurant Lei a fait le pari de réchauffer son décor en misant sur l'interaction entre son nom italien (lei est le vous de politesse) et l'origine de ces lettres – le nom Lei ne se voit pas sur la photo mais il a été laissé au dessus de la façade. Pari audacieux : aussi peu de passants savent que le mot lei est italien qu'il y en a qui pourraient nommer les lettres toscaniennes. Pari(s) réussi néanmoins : dessin très travaillé, richesse culturelle, évocation du XIXe siècle, originalité sont autant de proclamations qui ne passent pas inaperçues. Et puis la vraie astuce était sans doute d'écrire PARIS aussi gros, dans des caractères finalement aussi américains qu'italiens, qui accrocheront sûrement l'attention des très nombreux touristes… américains ! dans ces parages de la rue Cler. Un seul regret : le réalisateur de la bâche n'a apparemment pas beaucoup entendu parler de chasse, de crénage ou d'approche et a placé ARIS bien loin de son P… Mais il n'y a sans doute qu'un seul passant qui aura remarqué ça… Bravo, bravissimo !