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Archéologie de l’écriture
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DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE DIPLOMATIQUE
Par Dom de Vaines, Paris, chez Lacombe, 1774
2 VOLUMES, FORMAT 13 x 20 CM 
(Ci-dessus) À g. : la lettre B ; à dr., de h. en b. : minuscules romaines, minuscules carolines, cursives romaines, cursives carolines.

 

La diplomatique (du mot diplôme) était la science des savants qui, à la suite de Dom Mabillon, étudiaient les écrits anciens pour garantir les droits ou les règles d’institutions et de particuliers : Église, ordres, souverains, magistrats, nobles, communautés et enfin, « les Gens de Lettres, qui ont dû & qui doivent à cet art l’avantage de ne pas passer pour futiles & superficiels » (vol. I, p. 391). Ce type d’études est aujourd’hui devenu celui des chartistes ou des paléographes. On y apprend plein de choses sur les signes et on découvre qu’avant de s’être mis plus ou moins à l’unisson, les hommes avaient inventé quantité de manières de les écrire et de les publier. Pensons par exemple à l’écriture boutrosphédonne qui, par coutume mais parfois seulement par impéritie, fit écrire leurs lignes de texte à des Grecs et aussi à des Gaulois à la manière du bœuf qui laboure un champ : un premier rang dans un sens et  l’autre dans l’autre sens…

Les chapitres consacrés à l’écriture et aux lettres étant parmi les plus longs de ce dictionnaire, on n'entrera pas dans leurs détails. Limitons-en la visite à l'un des aspects primordiaux, à la différence d’usage et de succès entre les lettres déliées et les lettres liées, autrement dit : minuscules et cursives, ou : caractères d'imprimerie et manuscrits.

- Soit à la bonne réputation de la minuscule « qui répond aux romains de nos imprimeries. On la distingue de la cursive en ce qu’elle est plus posée, disjointe et non liée. On appelle notre minuscule actuelle d’imprimerie, romain, parce que ce fut en Italie que commença à s’établir l’usage des beaux caractères ronds ou minuscules qui servent à nos impressions » (vol. I, p. 449).

- Soit à la mauvaise réputation de la cursive : « les Anciens, pour la distinguer de la minuscule, qui est détachée, l’appelloient écriture liée parce qu’en effet les lettres en sont souvent liées ou conjointes ou avec la précédente, ou avec la suivante, ou avec les deux ensemble. De ces liaisons, faites avec des traits hardis à la vérité, mais surabondants et compliqués, est venue la difficulté de lire cette écriture qui a fait tomber les Savants mêmes dans une infinité de fautes » (vol. I, p. 462).

Dans la figure ci-dessus de la planche des évolutions de la lettre B, on note dans les reproductions de la minuscule les renvois aux peuples et dans celles du cursif les chiffres romains qui renvoient aux siècles. C’est là que les choses auraient pu devenir très compliquées si, à la fin du XVe siècle, l’imprimerie n’avait, pour le plus grand bien des lecteurs, pris le pas sur les scribes et les copistes.

Le meilleur résumé de l’histoire des lettres d’imprimerie dirait aujourd’hui qu’elles tirent leurs origines, pour les capitales : des lettres romaines des inscriptions gravées, et pour les bas-de-casse : des minuscules carolines des manuscrits. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Un résumé dans le résumé dirait qu’on est passé vers 1470 du Moyen Âge à la Renaissance en quelques années seulement, passant de l’habitude de cultiver les spécificités nationales d’une manière d’écrire, tel le gothique de Gutenberg et de ses contemporains allemands, au romain de Jenson et ses suiveurs italiens et français.

Mais qui, ici, chercherait à résumer les choses complexes ?