À propos

Nouvelles

 Conférences graphiques

Âge d’or de l’imprimerie
Printopolis, de (Georges) Lang
imagemenu
12 ANS D’EFFORTS
Imprimerie Georges Lang, Paris, s.d. (1932)

OUVRAGE BROCHÉ, 30 x 38 CM  

Depuis combien de temps n’avez-vous pas reçu d’un imprimeur une belle brochure vantant son entreprise ? Quand je dis « belle » je veux dire magnifique. De cette beauté graphique qu’un praticien de qualité doit être capable de mettre en œuvre pour démontrer son savoir-faire et la valeur ajoutée de ses travaux. Personnellement ça fait bien une dizaine d’année (c’était la brochure d’un Allemand). L’imprimerie est en crise. Inutile d’épiloguer. Les imprimeurs ferment les uns après les autres et les survivants se disputent un marché en peau de chagrin.

À la vue de certaines brochures d’antan on est tout de même en droit de se demander si ils ne sont pas un peu responsables de leurs propres malheurs. Certes pas responsables de la diminution du volume d’impression en faveur du digital ni du déclin de la lecture. Mais responsables par leur manque d’investissement en matière de communication. Quand on fait un beau métier comme celui d’imprimeur, on n’a pas le droit de ne pas en parler.

Peut-être, après tout, l’imprimeur contemporain n’a-t-il pas la même culture qu’avant ? C’est dur à dire et à entendre mais n’y aurait-il pas une part de vérité dans cette invective ? Il fut un temps, âge d’or révolu, où l’imprimeur n’hésitait pas à se situer dans la lignée de ses humanistes prédécesseurs, tout au moins à leur rendre un perpétuel hommage. Et l’invocation de cette science magique qui avait transformé le monde, et des inventeurs de génie qui l’avaient fait progresser, faisaient de belles publicités à leur art.

Dans cet exercice, la maison de Georges Lang, quant à elle, n’allait pas chercher ses références très loin dans l’Histoire. Ce sont deux citations de Henry Ford et André Citroën qui sont publiées en exergue de cette fabuleuse brochure de 48 pages + 4 de couverture : c’est un chant à l’Industrie. Et le compositeur n’a pas ménagé ses moyens. Comme prélude, une ode à la Machine sur une couverture gaufrée et imprimée en noir sur papier métal aluminium. Puis des variations d’un goût très sûr, entre pages typographiées sobrement sur un papier naturel vergé, hors textes de photographies de natures mortes en couleurs en divers procédés, et surtout : les superbes dessins noirs de Lucien-Paul Pouzargues. Le graphisme Modern Style de la couverture est la seule concession à la mode du moment, pour le reste cet ouvrage classique n’a pas pris une ride – contrairement à la plupart des éditions de ce genre de cette époque, qui voulaient trop en faire.

Hélas ! nous ne confondrons pas Georges Lang et Fritz Lang. Ces images d’ouvriers alignés en rangs dans l’immense imprimerie de la rue Curial, cet univers où la machine occupe tout l’espace et où l’homme est un nain, cette célébration au premier degré de la métallique grandeur industrielle est allée – du côté de notre imprimeur – au bout de sombres logiques et s’est mal terminée. Gigantesque navire incontrôlable (elle compta jusqu’à 1800 employés), la Société géra mal les maux auxquels le XXe siècle la fit se confronter : collaboration avec les nazis (dont elle imprimait le journal Signal), syndicalisme du Livre tendance anarcho-libertaire (elle en fut un vivier dans les années 70) et, pour finir, reprise par un grand groupe et liquidation dans la foulée, au début des années 80.