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Pas de place au hasard ni à l’hésitation
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TRAITÉ DE LA TYPOGRAPHIE
Par Henri Fournier, imprimeur, à Bruxelles, P.-J. De Mat, 1826

1 VOLUME, FORMAT 11,5 x 17,5 CM 

(Ci-dessus) On trouve dans ce livre une page dépliante présentant le tableau des corrections typographiques. C'est le second tableau de cette sorte reproduit par procédé d’impression – postérieur d’un an au premier, paru dans le Manuel de M.-A. Brun ; dans son traité de 1793 A.-F. Momoro avait publié un tel tableau gravé en taille douce.

 

Si tout était établi une fois pour toute comme dans ce livre, les choses seraient plus simples mais plus tristes. Plus d’hésitation pour le concepteur graphique : pourquoi se demander si telle ou telle portion de texte de cette page pourrait être mise en valeur par une composition originale, des variations de caractères ? A fortiori pourquoi se demander si tel ou tel signe dans ce logotype pourrait être plus ou moins épais ou d’une couleur ou d’une autre, glisser par dessus ou par dessous ? Hé bien non : ça doit être comme ça ici et comme ça là, un point c’est tout, pas de place pour les hypothèses ! Posez ce livre sur la table de travail d’une agence ou d’un responsable de communication et c’est comme s’il en devenait l’axe autour duquel tourne toute son activité de mise en page.

Ce ne serait pas un axe négatif ni positif. Juste l’axe. Et c’est tout le paradoxe si on se met à la place de l’auteur : son livre n’est pas un code ni un manuel. C’est un traité. Un traité c’est ce qui précède une bible. Henri Fournier (1800-1888) était un ouvrier d’exception (sans lien familial avec Pierre-Simon Fournier). Il termina sa carrière comme directeur technique de la grande imprimerie Mame. Il n’écrivait pas ce traité pour vous, lecteurs béotiens, mais pour ses collègues et, parmi eux, pour ses inférieurs hiérarchiques. Il y partageait son savoir et y traçait le schéma d’une perfection typographique qui, dans le développement industriel que connaissait son activité, ne laissait pas de place au hasard ni à l’hésitation. Tout est clair, expliqué, disséqué, des indices aux exposants, de la veuve à l’orpheline, du retrait à l’alinéas, des grandes et des petites capitales, qu’on ne confondra pas avec les majuscules, ni les majuscules avec les initiales, des notes et des renvois, des cadrats et des cadratins, parenthèses et crochets, etc.

Et le paradoxe c’est que personne n’a jamais fait comme c’est écrit dans le livre. Bien au contraire. On peut même observer des détails amusants comme celui-ci : aucun graphiste ne me contredira quand je dirai que le client d’aujourd’hui pense majoritairement que des lignes veuves ou des orphelines défigurent ses documents. Pourtant ce traité en est plein ! Où est le problème ?

Quelle leçon en tirer ? Une seule : les règles sont faites pour être comprises et pas forcément imposées. Une fois comprises, on les adaptera à ses impératifs ou ses contraintes, à ses goûts même. Merci à Monsieur Fournier pour le large panorama, mais on se contentera de délimiter le champ restreint de son petit ouvrage. L’essentiel étant qu’à l’intérieur on y soit logique et constant dans les choix qu’on effectue.

Lien : Le traité sur Google Books