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 Conférences graphiques

Spécimen général Deberny & Peignot, 1926
Monument de la typographie française
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SPÉCIMEN GÉNÉRAL
Fonderies Deberny & Peignot, Paris, 1926
2 VOLUMES, FORMAT 20 x 26 CM 

Devant un tel monument on ne s’épanchera pas ni ne cherchera à en faire le catalogue raisonné… Le lecteur qui s’intéresse aux entreprises Deberny et Peignot, leurs activités et leurs hommes, n’aura que quelques copié-collé à faire de leurs noms dans des moteurs de recherche pour faire surgir tous les détails conservés de ces deux fleurons de l’industrie graphique française.

Si l’on cherche à résumer ces deux volumes donc, commençons par dire qu’ils en imposent : les deux maisons concurrentes, réunies par fusion en 1923 consécutivement à des défaillances de la fonderie Deberny (1), y présentent l’ensemble de leurs productions. Chacun des deux livres les classe par onglets, chaque onglet étant signalé par une intercalaire décorée d’une illustration originale. Le gros du fonds est constitué des caractères de labeur, présentés dans tous les corps, en placards, lignes ou mots seuls.

Mais on s’attarde naturellement, devant ce type de spécimens, aux éléments de décor et d’ornement qui nous font revivre l’époque de leur publication. Et pour ça, la grande maison du 14 rue Cabanis de nous décevra pas ! Vignettes, fleurons, cadres et filets, sont présenté en ensembles regroupés pour leur classicisme ou leur modernité, par thèmes ou par créateurs – on y retrouve les plus grands noms des arts graphiques de l’époque : Grasset, Giraldon, Cassandre, Auriol, Bellery-Desfontaines, etc. Avec une mention particulière pour Bernard Naudin (2) et sa police si originale (ci-dessous, v. aussi photographie en haut de page) mais de peu de succès et complètement oubliée aujourd’hui.

Et de méditer sur le mérite qu’ont eu de telles sociétés commerciales à prendre les risques de la nouveauté : en dehors du Naudin, du Cochin et d’autres polices malgré tout classiques, c’est l’Art Nouveau qui y est prédominant et qui assura le succès des investissements réalisés d’une part dans les talents de cette vogue et d’autre part dans la réalisation de ce type de spécimens, si coûteux mais si rentables.

Et de méditer sur les limites de ce genre de mode poussée aux extrêmes : c’est – à l’échelle historique – très rapidement que le public s’est dégouté de voir des textes composés dans ces styles Art Nouveau. Alors que Garamond, Bodoni ou Elzévir des siècles précédents servent encore de nos jours, personne n’ira plus utiliser les lettres de ce catalogue, si bizarres pour la plupart, sauf pour des enseignes de cafés et de brasseries parisiennes…

Mais, c’était sa marque distinctive, Deberny & Peignot se risquait de mode en mode. Jusqu’aux années 1950 où Adrian Frutiger qui en était le directeur artistique y fit fructifier, avec l’Univers, la tendance révolutionnaire et pérenne des caractères bâtons. Ce seront finalement les développements technologiques mal négociés autour de l’informatisation de ce métier qui seront fatals à Deberny & Peignot au tout début des années 1970. Mais c’est une autre histoire. Restons encore un peu devant les petits trésors de ces années de plomb.