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THÉORIE DE L’ORNEMENT
Jules Bourgoin, Paris, A. Lévy libraire-éditeur, 1873

1 VOLUME, FORMAT 19 x 29 CM 

Soit, ci-dessus, la planche n° 24 de cet ouvrage, la dernière et l’une des plus accessibles si on la compare à la majorité des autres (qui montrent des « dispositions, « rangées, « répartitions », etc.). Cette planche n° 24 nous semble plus libre tant les figures en sont facilement identifiables, au premier coup d’œil : ce sont des palmes. Mais reportons-nous alors à la section correspondante du texte (chap. VI, p. 294) et lisons ce que nous en dit l’auteur, architecte et professeur :

« Les dispositions palmées résultent d’un syncrétisme ondoyant et variable des deux dispositions pennées et radiées ; elles ont à la fois un point ou centre directeur et une directrice qui coexistent ensemble. La forme-enveloppe varie avec les coordonnées de disposition et avec les coordonnées de symétrie. Selon que la prolongation linéaire suivant la directrice, l’extension circulaire et l’élargissement en travers se combinent à des degrés divers, la forme-enveloppe est oblongue, circulaire ou ovalaire. Selon que la disposition est symétrique ou asymétrique, la forme-enveloppe est régulière ou irrégulière » etc., etc., etc. !

Si on a compris une seule chose, on a compris que – le titre du livre l’indique d’ailleurs clairement – l’auteur théorise. Le sommaire réparti savamment thèmes et sujets, des « préliminaires généraux » (formes ouvrées, géométrie, l’Ordre et la Forme, reliefs et couleurs, etc.) aux détails infinitésimaux des différentes dispositions (par exemple : « éléments rhombiques et cunéiformes des polygones » !). Peut-être cette science est-t-elle encore enseignée ? Dans les écoles d’architecture ? D’arts appliqués ? Disons seulement que les règles de l’ornementation semblent moins contraintes de nos jours par de tels discours. Cela par l’effet d’un vent de liberté qu’ont soufflé ensemble certaines nouvelles théories d’enseignement d’une part, et d’autre part les progrès et facilités d’un accès instantané à une documentation quasi universelle. À l’époque l’amateur, le professionnel ou encore l’étudiant, n’avait à sa disposition que ce type de sommes, rares, coûteuses et difficiles d’accès – telle celle du Britannique Owen-Jones qui avait précédé Bourgoin avec son luxueux Grammar of Ornament.

Le lecteur de ce livre oscille donc entre plaisir et déception : on a évoqué la déception plus haut, ne gâchons pas notre plaisir de contempler ce trésor des 24 planches réunies en fin d’ouvrage, gravées en taille douce d’après les dessins et les recherches de l’auteur – voyageur et authentique précurseur de la promotion de cultures alors méconnues ou méprisées : les « Arts arabes » (titre d’un autre de ses ouvrages), japonais ou asiatiques.

Finalement Jules Bourgoin a vécu trop tôt, un peu plus de cent ans avant l’outil qui lui aurait le mieux convenu, le blog : (extrait de son introduction, p. XI) « Si au lieu de rédiger laborieusement un livre nous avions la faculté de discourir devant un auditoire, nous appuierions nos explications de figures dessinées à la craie. La leçon finie, les figures disparaitraient et seraient recueillies, sous une forme ou sous une autre, dans la mémoire ou dans les notes (…) ceci n’est point un recueil d’images pour le plaisir des yeux, mais bien un recueil de choses réunies pour la satisfaction de l’esprit. »