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 Conférences graphiques

Un roman du papier
Mémoire de l’industrie papetière d’Auvergne
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DANS L’HERBE DES TROIS VALLÉES
Par Henri Pourrat, Paris, Librairie Bloud & Gay, 1927

1 VOLUME, FORMAT 12 x 19 CM 

Henri Pourrat n’était pas un historien, c’était un homme de lettres. Du genre à vagabonder dans les campagnes autour de sa ville d’Ambert pour interroger les vieilles personnes et recueillir leurs histoires. Il les récrivait ensuite à sa manière, une manière très personnelle de mélanger un verbe ultra littéraire et le parler simple des gens modestes. C’est ainsi qu’il nous raconte l’histoire de l’industrie papetière d’Auvergne. Si ce n’est pas de l’histoire, ça offre pourtant plus de vérité que n’importe quel tableau chiffré avec des sources et des références. Ça nous en présente des images vivantes.

Il faut dire que l’histoire de l’invention du papier en Occident fleure bon le roman : quelques croisés auvergnats (Malmenayde, Falguerolles, Montgolfier, Sauvade) sont faits prisonniers par les Sarrasins et découvrent chez eux cet art venu de Chine. Ils s’évadent et, revenus sur leurs terres, y installent des moulins sur des cours d’eau vifs et purs, détergents naturels des vieux chiffons dont il font leur pâte – en imitation du chanvre et du coton utilisés en Orient, plus rares et chers. Le produit ainsi obtenu, le papier fait à la cuve, au pressoir, au séchoir, eut tôt fait de remplacer le parchemin si coûteux dans les ouvrages qui n'en méritaient pas le luxe (le parchemin – du nom de la ville de Pergame – était obtenu à partir de peaux animales, généralement d'ovins).

Et de pérégriner, en courts chapitres, des vendeurs de chiffes ambulants aux communautés paysannes qui se constituent dans ces moulins : les maîtres et les compagnons, les corporations ouvrières, avec grèves et émeutes, les règlements, les usages, les familles, leurs aventures, leurs légendes...

La description des lieux et des techniques est magnifiquement mise en images à travers une vingtaine de bois gravés très purs de François Angéli, qui font une irremplaçable archive :

Et bien sûr tout se termine dans la pénombre romantique d’un soir de brume à l’écart d’un village, au sortir du pavillon abandonné d’une famille oubliée de papetiers comme il n’en existait déjà plus en 1927. On imprimait alors, et depuis longtemps, les livres sur du fragile papier industriel de pâte de bois, et non plus sur ce papier inaltérable, fait patiemment, précieusement, feuille à feuille. Ces feuilles dans lequelles des campagnards au savoir-faire un peu sorcier cachaient les marques invisibles et mystérieuses de leurs filigranes personnels…